Erwin Panofsky est un historien allemand de l'art, sans doute le plus célèbre, travaillant principalement sur le symbolisme caché des œuvres (peinture). Alors, lorsqu'il touche pour sa seule et unique fois le domaine cinématographique, Ciné-Focus ne peut qu'être heureux! L'ouvrage concerné, Trois essais sur le style, sort en 1996 chez Gallimard (l'essai fût écrit dans les années 30).
La naissance du cinéma
La première chose à mettre en exergue est la façon dont le cinéma est apparu. L'homme a toujours été fasciné par la représentation du monde. Ainsi, il y a plus de 15 000 ans dans les grottes de Lascaux, l'être humain griffonnait des images, reflet de la faune, de leurs exploits de chasse, de leurs croyances... Puis vint la photographie, les appareils de projection basique, et tout le tralala! Tout cela pour dire que le cinéma est un progrès technique, naît d'une évolution et non d'un besoin. En effet, la naissance du cinéma est indissociable de l'émergence du capitalisme. Joseph Schumpeter (célèbre économiste autrichien) théorisait l'importance de l'entrepreneur dans l'économie : l'innovation crée le besoin. Le cinéma en est le paradigme. Certes, ce point n'est pas primordial, mais il fallait l'aborder (dommage que Panofsky n'y eusse pensé).
Panofsky nous fait remarquer que "ce n'est pas un besoin artistique qui provoqua la découverte et le perfectionnement d'une technique nouvelle, c'est une invention technique qui provoqua la découverte et le perfectionnement d'un nouvel art". Le cinéma est a contrario des autres arts, né de l'innovation.
L'essence du cinéma
L'ambition principale de cet essai sur le cinéma, est de définir l'essence de ce nouvel art : le divertissement! Pour l'historien allemand, le succès de cette nouvelle forme d'art vient du pur enchantement qu'on éprouvait à avoir l'impression de voir bouger les choses, qu'elles que puissent être ces choses. De plus, le cinéma est à la base un art populaire : mise en forme et plasticité ne prévalent en rien le plaisir cinématographique de la masse (d'ailleurs, le cinéma se définit par sa production de masse).
Les hautes classes de l'époque ne fréquentaient que peu les salles obscures : "Il n'est guère étonnant que les hautes classes, quand ils commencèrent petit à petit à s'aventurer dans ces premiers cinémas, ne le firent pas en gens qui cherchent une distraction normale et éventuellement sérieuse, mais avec ce sentiment caractéristique de condescendance consciente que nous avons quand nous plongeons, en joyeuse compagnie, dans les profondeurs populaires de Coney Island ou d'une kermesse européenne : il y a encore quelques années, la règle, pour des gens d'un certain standing social ou intellectuel, était qu'on pouvait avouer avoir pris plaisir à d'austères films éducatifs...".
En s'appuyant sur l'essai, on déniche deux modes de consommation : le cinéma en tant que divertissement (la classe populaire), et le cinéma ludo-éducatif (les hautes classes). On peut alors avancer le paradoxe des hautes classes, qui méconnaissent l'essence du cinéma : si on met le cinéma au service d'une autre fonction (éducative ou autre), ce n'est plus du cinéma, il perd son essence de divertissement.
La fonction sociale du cinéma
Panovsky souligne également dans son essai le rôle du septième art dans la société, sa dimension sociale. Le cinéma étant un art populaire, il façonne (modèle) le comportement des gens, participe à la construction d'une identité commune. Le cinéma prend alors le relais d'arts qui ont perdu leur fonction sociale. L'auteur écrit : "Que cela nous plaise ou non, c'est le cinéma qui modèle, plus que n'importe quelle autre force singulière, les opinions, le goût, le langage, l'habillement, le comportement et même l'apparence physique d'un public comprenant plus de 60 % de la population du globe." Pour preuve, il n'y a qu'à s'intéresser de plus près au cinéma de propagande et de manipulation de masse nazie, ou pendant la guerre froide...
Pour aller plus loin :

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Cependant il est présumable qu’il fournira encore matière à bien des thèses et des commentaires éloquents.
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