Difficile d'émettre un jugement sur "Inception". Déjà parce que Nolan avait placé la barre plutôt haut avec son "Dark Knight" (et encore plus loin dans le temps "Memento" ou "Insomnia"), et surtout parce qu'une groupie d'Ellen Page tel que moi trouvera des aspects positifs dans la médiocrité la plus profonde. J'essaierai donc, par tous les moyens possibles et imaginables d'être le plus objectif.
"Inception" aux premiers abords : le nouveau Nolan (le réalisateur à la côte), un casting avec trois stars (Marion Cotillard, Leonardo DiCaprio et Ellen Page), et un scénario qui promet (le monde des rêves). Ca nous donne déjà envie de le voir.
La musique... Signée Hans Zimmer, donc les tympans ne seront pas surpris d'entendre le style que le compositeur garde depuis ses débuts (malgré quelques tentatives d'évasion musicale dans "Pirates des Caraïbes III" ou "Da Vinci Code"...). La recette sonore qui nous a tant fait adoré "The Dark Knight", "La ligne Rouge", "Gladiator" et bien d'autres. On a ici, comme pour "The Dark Knight", une musique omniprésente qui peut parfois agacer tellement y'en a !
La réalisation... Nolan cherche encore un peu son style (qui repose plus sur la qualité scénaristique que sur l'originalité caméra à la main). Alors il nous emprunte quelques idées par-ci, par-là. On remarquera ainsi un peu de "Matrix" dans les ralentis (sympas mais chiants), un soupçon de Spielberg et sa "Guerre des mondes", une pincée de Michael Mann (pour les plans "vas-y que je fais tout trembler parce que y'a de l'action méchant"), un peu de Joel Schumacher (pour les plans "qu'on se demande pourquoi le caméraman était penché sur le côté"), et aussi un peu de James Cameron (pour la référence inexistante du "bâteau qui se brise en deux et que les gens tombent vers le bas parce qu'il remonte!"). En même temps, le style "Nolan" serait peut-être un mix des réalisateurs qui appâtent le grand public. Parce que ce que Christopher Nolan nous fait, c'est du spectacle tout terrain, qui touche tout le monde. Par la réalisation (académique allais-je dire) qu'on connaît bien, par les effets spéciaux spectaculaires et présents en masse (on notera les cinquante-sept cascadeurs figurants au générique), et par le scénario.
Le scénar'... Oui ce n'est pas un Disney, il n'y a pas de princesse, de grenouille ou de souris... mais le sujet reste à mon sens très aguicheur. Une sorte de femelle mirifique qui s'offre à tout lion qui veut bien d'elle. L'histoire, c'est celle d'un extracteur (une personne qui entre dans les rêves, et a fortiori l'esprit, des gens pour en extraire des informations sensibles, tout cela dans un but pas très catholique, l'espionnage industriel - entre autres activités -...) qui a une mission très délicate : il doit faire une "inception". Inception ? Késako ? C'est implanter une idée dans la tête d'un individu quelconque à travers ses rêves (idée qui doit bien évidemment rester ancrée dans l'encéphale une fois la personne retournée à la réalité). L'intrigue est compliquée certes, mais paradoxalement elle est facilement compréhensible. Le scénario est une fenêtre ouverte sur le monde scientifique, ce monde qui désire toujours aller plus loin (que ce soit pour les céréales avec les OGM, le complexe de Dieu avec le clonage, la médecine avec les foetus et autres procédés éthiquement flous...). Là, nous avons face à nous une utopie scientifique (qui interessera les dictateurs en herbe) poussée à son extrême : manipuler l'esprit d'un individu au travers du rêve. On rejoint le courant à la mode ces temps-ci, celui des mentalistes et autres Lightman (le héros de la série "Lie to me", qui lit sur les visages grace aux micro-expressions). Tout cela à la puissance dix. De même, on pensera aussi à notre bien-aimé Freddy Krueger, célèbre tueur en série du rêve.
Malgré tout, le film reste frustrant, à cause de sa fin ouverte. Le spectateur que je suis se pose des questions. Qu'arrive-t-il au personnage de DiCaprio, est-il dans la fiction ou la réalité ? une frustration qui pourrait laisser présager une suite (bien que cela me semblerait malvenu)... En attendant, ne nous lassons pas de voir et revoir ce potentiel chef-d'œuvre qu'est "Inception".

















