Et un chausson aux pommes, un !
Il m'aura fallu quelques longues semaines avant de pouvoir "critiquer" le film de Darren Aronofsky, "Black Swan". Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d'exprimer un jugement sur l’œuvre du cinéaste ? Tout simplement parce que le long-métrage fait quelque peu débat sur la toile, entre les fans aveugles et les matraqueurs malhonnêtes, les premiers encensant ce potentiel chef-d’œuvre, les derniers descendant sans arguments véritables "Black Swan", taxant le réalisateur de pitoyable utilisateur de cheap tricks (grosses ficelles, nda). De même, mon admiration inconditionnelle envers la somptueuse Natalie Portman ne m'aurait guère permis une objectivité et un recul suffisants. C'est parti pour l'avis d'un amoureux du septième art...
Danseuse étoile, Nina rêve d'incarner la reine des cygnes dans le ballet "Le lac des cygnes". Cependant, son caractère trop effacé et doux risque fort de lui coûter ses ambitions. En effet, le metteur en scène Thomas Leroy émet des doutes sur sa capacité à camper le personnage schizophrène de la reine, tantôt cygne blanc symbole de pureté et de grâce, et cygne noir, son double maléfique et torturé. Ce doute est d'autant plus présent qu'une nouvelle danseuse fait son arrivée sur la scène, en la personne de Lily, jeune fille magnifique au caractère libéré. Il va s'en suivre une compétition psychologique chez Nina, enfermée dans un cocon surprotecteur, sous l'égide de sa génitrice. Peu à peu, Nina va s'imprégner de l'essence du cygne avant de ne faire plus qu'un avec lui...
Natalie Portman dans "Black Swan" est une centrale nucléaire qui vient d'exploser : elle irradie le monde du cinéma par sa présence exceptionnelle, son charme d'actrice qu'elle seule possède et qu'elle nous offre avec une grâce folle depuis le "Léon" de Besson. Une prestation exceptionnelle qui lui vaut une pluie de récompenses (Oscar, BAFTA, Golden Globe, Screen Actor Guild Award...). Il faut avouer que son rôle n'était guère évident, Aronofsky ayant pondu un personnage torturé avec une palette de sensibilité totalement singulière et étrange, animée par une psychologie perverse. La belle israélo-américaine obtient avec Nina la consécration de son talent (talent que le spectateur admire depuis ses débuts chez Besson, en passant par son jeu sublime dans le "Garden State" de Zach Braff, son rôle de Padmé Amidala dans la prélogie de "Star Wars"...).
Dans "Black Swan" Natalie Portman se fait kunislinguer par la belle Mila Kunis (la fameuse Jackie Burckhart de "That's 70's Show", la jolie réceptionniste une fleur dans les cheveux de "Sans Sarah rien ne va", la cute McCallister de "Moving McCallister"...), demoiselle qui en profite au passage pour savourer la masterclass de l'oscarisée Portman. Sa prestation est un peu effacée par celle de Natalie Portman, malgré tout, elle ne passe pas inaperçue.
Face aux danseuses, il y a le talentueux Vincent Cassel. L'acteur français convainc, sans plus. Winona Ryder fait aussi partie du casting, endossant la peau d'une danseuse sur le déclin, Beth, écartée de la compagnie de danse car trop âgée. Quant à la mère de Nina, le rôle est donné à Barbara Hershey, une excellente actrice que l'on a pu voir dans "Chute Libre", "Emprise", "Hannah et ses sœurs", "Un monde à part", "Le Bayou"... Dans "Black Swan", elle effraie par son talent de manipulation et sa folie perceptible.
La réalisation quant à elle s'attache à jouer avec une variation de la palette de couleurs, oscillant entre le noir maléfique et le blanc immaculé, faisant de "Black Swan" un film très gris. Les décors apparaissent comme sinistres, fortement sensibles, à l'image de la protagoniste Nina, dont l'esprit vacille entre la douceur et la folie. La photographie et le grain de l'image (le film est tourné en 16mm) accentuent l'impression cinématographique, à l'heure du numérique et des images lisses. Tournés à l'épaule, les plans du long-métrage nous plongent littéralement à l'intérieur de celui-ci, faisant de la caméra le metteur en scène du ballet. De même, Aronosfky ne nous épargne pas les cadrages glauques sur les pieds souffrants de la danseuse (un petit penchant fétichiste à souligner, les pieds ayant une place importante dans l’œuvre). Le spectateur est pris alors d'une sorte de dégoût face à tant de difformités et de souffrance. Car oui ! La danse est un monde de souffrance terrible pour le corps humain ! Au-delà des cadrages, il y a des effets spéciaux nickels, accompagnant avec réussite les mouvements dansés et les transformations psychiques de Nina. A noter également la partition signée Clint Mansell, adaptant avec brio "Le lac des cygnes" de Tchaïkovski (en même temps, il n'est guère difficile de rater l'adaptation d'une œuvre aussi magnifique que celle du compositeur russe). Les puristes apprécieront également le jeu omniprésent (et facile) avec les miroirs, reflets d'une personnalité dérangée. Quelques références à Buñuel ne font pas de mal...
"Black Swan" se révèle au fil du visionnage l'un des meilleurs films de ces dernières années, grâce notamment à la performance extraterrestre de Natalie Portman. Un drame chorégraphique à découvrir impérativement pour les amateurs de danse et de cinéma.




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Cependant il est présumable qu’il fournira encore matière à bien des thèses et des commentaires éloquents.
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