Pina
Lorsqu'un grand nom du cinéma allemand, Wim Wenders, fait un documentaire sur un monstre sacré de la danse contemporaine, Pina Bausch -germanique elle aussi-, ça nous donne un long-métrage magnifique ! Wenders, le documentaire ça le connaît, et il y excelle dans le genre (il n'y a qu'à revoir "Buena Vista Social Club" pour s'en convaincre, en passant par "The Soul of a Man" ou "Docu Drama"). Mais sur ce coup-là, il transcende le genre. Alors, les récalcitrants ultimes à la danse ignoreront d'emblée la suite de cette critique ; les gamines rêvant de tutu tout beau tout rose zapperont fièrement "Pina" pour user à la place leur DVD de "Billy Elliot" ; les spectateurs qui voient une affiche avec une danseuse qui donne l'impression d'être un oiseau, et qui se disent que ça sera beau et tout et tout... courez ! Loin de "Pina". Car la danse de Pina Bausch est loin d'être douce et mignonnette. Elle nous plonge dans un monde de souffrances...
On retrouve dans le documentaire de Wenders toute la violence que porte la danse de Pina Bausch. Ses créations sont de véritables tortures pour le spectateur (dans la mesure où celui-ci est doté d'empathie). En effet, l'expressionnisme allemand post seconde guerre mondiale alourdi les épaules des jeunes générations germaniques du poids de la culpabilité de leurs aïeux dans la tragédie nazie. On ressent fortement ce poids dans la violence des mouvements des danseurs de Pina Bausch, dans l'anomalité de leurs gestes, dans le caractère bestial des chorégraphies. Malgré tout cela, la danse-théâtre de l'allemande reste magnifique, très harmonieuse et en accord avec des musiques cinglantes. Pour le documentaire de Wenders, la compagnie de la Tanztheater de Wuppertal remontent quatre œuvres majeures de Bausch [Café Muller, Vollmond, Kontakthof et Le sacre du printemps (un "remake" à la sauce Bausch du chef-d’œuvre de Nijinski)], sur scène et dans la ville si chère au travail de Pina Bausch.
"Pina" est l'occasion pour le spectateur de découvrir l'une des muses de la chorégraphe allemande, à savoir Wuppertal, une ville industrielle germanique (qui faisait et fait peut-être encore toujours fureur dans le textile et la métallurgie) avec un très sympathique monorail suspendu, qui sera pris d'assaut par la troupe de danse dans quelques scènes impérieuses. On remarquera également le talent du réalisateur en tant que photographe, qui nous offre ici une couleur d'image magnifique, une profondeur de champ faisant honneur à la technologie 3D, des contrastes agréables et des décors naturels pas désagréables du tout (au contraire, cela donne même envie de faire un petit détour par la Rhénanie-du-Nord-Westphalie ! Wenders sponsorisé par l'office du tourisme allemand ?).
Wenders nous offre un film hommage très fluide, alternant des scènes de danse magnifiques et des témoignages émouvants sur Pina Bausch. Un documentaire à voir absolument par tous les amoureux de la danse contemporaine, d'autant plus si le travail de la chorégraphe allemande signifie quelque chose pour vous. Sublime.
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Cependant il est présumable qu’il fournira encore matière à bien des thèses et des commentaires éloquents.
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