S'il y a bien une chose qui me fait marrer dans la Loi (et a fortiori la société), c'est sa faculté à rendre les moutons de citoyens bien chèvres. Toujours suivre la ligne, pas de faux pas. Si tu dis « Non » alors qu'on t'a forcé à dire « Oui », tu seras envoyé au goulag. Si tu tapes sur un mélanoderme alors que tu es blanc, tu seras sanctionné plus sévèrement que si tu avais massacré un beur (alors que tous les jours on tartine ses biscottes de beurre en toute impunité !) : foutus crimes de haine (manquerait plus qu'il soit uraniste, et là c'est la camisole directe !). De même, si dans un élan de folie un jeune petit-fils d'immigrés (immigrés qu'on était bien content il y a cinquante balais d'accueillir chez nous pour relancer l'économie et augmenter la compétitivité du travail) venait à voler le sac à rides d'une vieille dame à la peau lactée, la Justice prendrait un malin plaisir à délivrer une sanction exemplaire (l'exemple, ou l'archétype de l'injustice). On n'a plus le droit de dire « tête de nègre » (peut-on l'écrire ?).
À côté de cela, il y a ce qu'il ne faut surtout, mais alors surtout, ne pas toucher : le génocide des juifs par les sbires d'Hitler et ses collabos à travers l'Europe et plus si affinité. « Ne jamais dire jamais », comme dirait Fievel bien loin de son Nouveau Monde. Révisionnisme, je ne boirais pas de ton eau. Rassinier, Faurisson, Pressac, Garaudy, Guillaume, Zündel, Serrano, Ceresole, Butz, Carto, Irving, Leuchter... Derrière tout ce beau monde, il y a des Hommes. Des êtres humains avec une tête, des yeux, des mains, des bras, des jambes, des poils, des oreilles, des os, du gras, des doigts, des fesses, des poumons, un coeur... Derrière Hitler, derrière Staline, derrière Mussolini, derrière Khadafi, derrière Mao Zédong, derrière Hiro Hito, derrière Amin Dada, derrière Pinochet... il y avait des hommes. Il en va de même pour l'abbé Pierre, pour Mère Teresa, pour Bernadette Soubirous, pour Albert Schweitzer, pour Martin Luther King, pour Chimène Badi... Tous pareil dans la même galère. L'industrie de l'audiovisuel accepte volontiers que l'on se fasse du pognon sur les dos des 6... euh 60... euh non 600 millions... euh milliards de juifs qui sont morts dans les camps et plus si affinités, avec de jolis coffrets DVD pour Noël mettant en scène un Hitler fier de sa légende, avec des documentaires qui nous donnent le ton à avoir. Mais dès lors qu'il s'agit de perdre du blé sur le bon dos du nazisme et du Génocide des Juifs, Mère Justice, patronne du capitalisme occidental menace de quenelle pécuniaire, voire anale pour les plus récalcitrants.
Paul-Éric Blanrue fait fis de tout ça et livre sans menottes, mais avec quenottes un portrait d'une heure et demie de l'une des incarnations du diable (selon la pensée dominante, nda). Bobby pour les intimes, Faurisson pour les autres, confie à l'objectif de la caméra ses récalcitrances, ses doutes sur la version officielle du Génocide des Juifs. Armé d'une chemise rose et d'un âge avancé, le petit Robert amuse par son habileté à manipuler les textes, par son aisance à énoncer son discours, et passionne par sa passion. Même si sa vision des camps de la mort ne fait pas unanimité (loin de là) auprès des petits moutons que nous sommes, Robert Faurisson ne semble pas avoir la prétention, l'appétence à devenir le berger d'un Nouveau Monde, monde dans lequel sa vérité sera absolue. C'est en ceci que le documentaire de Blanrue est intéressant, car il n'a pas pour objectif d'être provocant, de pisser sur les tables de la Loi ou encore de se toucher la nouille en attendant qu'un abruti vienne critiquer ce portrait. Non, Blanrue fait le portrait d'un homme, comme vous, comme moi.
P.S. : ceci n'est pas un lien vers le blog de Blanrue... PEB
P.S. bis : ceci ne pointe pas vers celui de Faurisson... Bobby sur Blogspot
P.S. ter : et celui-ci ne pointe surtout pas vers le documentaire... Non-lien

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Cependant il est présumable qu’il fournira encore matière à bien des thèses et des commentaires éloquents.
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