Soyons honnêtes : Christophe Gans a sorti ce film pour une communauté de fans qui allait le détester quoi qu'il arrive. C'est un peu comme offrir un dessin à ta mère... elle va trouver quelque chose qui cloche. Sauf que là, la mère a un compte SensCritique et 40 ans de rancœur accumulée.
Parce que oui, le fan de Silent Hill 2, il est particulier. C'est même pas un fan, c'est un gardien du temple. Un type qui a passé ses nuits de 2001 à trembler devant sa PlayStation 2, qui a grandi avec ça tatoué dans le cortex, et qui arrive en 2026 dans sa salle obscure avec la ferme intention de souffrir. Et il souffre. Et il est content d'avoir souffert. Et il va l'écrire sur internet.
Le film s'ouvre sur une séquence aérienne, suivant la Mustang de James qui avale le bitume pas loin de Silent Hill. C'est bien. C'est même prometteur. On se dit que Gans a compris quelque chose sur la solitude du trajet, sur ce type qui roule vers sa propre folie sans vraiment le savoir encore. Et puis la voiture est stoppée. Et James rencontre Maria. Et là, en trente secondes chrono, le soufflé tombe comme un pet sorti avec nonchalance. La scène est niaise, les dialogues téléphonés, et Hannah Anderson fait ce qu'elle peut avec des répliques qui semblent sorties d'un téléfilm de fin d'après-midi. On comprend très vite que la profondeur psychologique de la relation James/Mary, ce que le jeu distillait en silence et en horreur progressive, va ici être servie à la louche dès le départ. L'ambiguité, c'est fini. Et la brume commencant à bouffer le paysage.
Bienvenue dans le cinéma grand public.
Alors voilà les trigger warnings pour cette noble confrérie :
TW #1
Pyramid Head est là en tant qu'icône commerciale, pas en tant que manifestation de la culpabilité refoulée de James. Si cette phrase te fait physiquement mal, reste chez toi.
TW #2
Le film ne passe pas 45 minutes à explorer les méandres psychologiques du deuil et de l'autopunition. Il raconte une histoire. Je sais. C'est scandaleux.
TW #3
C'est pas le jeu. Ça ne sera jamais le jeu. Le jeu reste dans ta chambre à t'attendre fidèlement, comme il l'a toujours fait.
Ceci étant posé, et je m'adresse maintenant aux gens normaux, le film n'est pas la catastrophe industrielle que Twitter a décidé qu'il était un jeudi matin. Gans fait de l'image, et il en fait bien. La ville est poisseuse, les créatures sont là, l'atmosphère tient. C'est pas Hereditary, c'est pas une révolution du cinéma d'horreur, mais c'est un film de genre qui assume ce qu'il est sans se prendre pour Bergman.
Jeremy Irvine trime avec un personnage que le jeu rendait intéressant par le silence et l'interactivité, deux ressources que le cinéma n'a structurellement pas. Hannah Anderson en Mary/Maria s'en sort mieux que le script ne le mérite.
Le vrai problème de Retour à Silent Hill, c'est pas ce qu'il est. C'est ce qu'il n'est pas. Et on peut pas condamner un film pour ce qu'il a refusé d'être.
Le premier Silent Hill de 2006, tout le monde l'avait massacré à la sortie. Aujourd'hui c'est presque devenu un classique. Je donne dix ans à celui-là pour que les mêmes gens écrivent des threads nostalgiques dessus.
Bon en vrai... On est plutôt sur ça :
Alors, Retour à Silent Hill… On va pas se mentir, c’était déjà mal barré dès l’annonce. Christophe Gans, le même qui nous avait pondu un premier Silent Hill "pas dégueu mais loin du chef-d’œuvre" en 2006, puis avait disparu dans les limbes du cinéma bis, revient avec la prétention d’adapter Silent Hill 2 - rien que ça, le jeu qui a traumatisé une génération de gamers, celui qui a redéfini l’horreur psychologique, celui qu’on cite encore comme une référence absolue. Spoiler alert : il a échoué. Mais pas de la manière spectaculaire et glorieuse d’un Silent Hill : Revelation 3D (le nanar de 2012, pour ceux qui ont oublié ce crime contre l’humanité). Non, Gans a fait pire : il a pondu un film mou, tiède, et surtout, lamentablement prudent.
L’ambiance ? Un fantôme de ce qu’elle aurait dû être
Silent Hill 2, c’est l’histoire d’un homme brisé, James Sunderland, qui erre dans une ville-cauchemar, rongé par la culpabilité, la folie et un désir de mort à peine voilé. C’est une expérience sensorielle, une plongée dans l’inconscient où chaque détail compte, où le brouillard étouffe, où les murs suintent la pourriture, où les monstres ne sont que des projections de tes propres démons.
Dans le film ? On a droit à une balade touristique dans un parc d’attractions horrifique. Les décors sont là, oui (Gans a au moins eu la décence de recopier les lieux iconiques) mais l’âme, elle, a disparu. Les rues de Silent Hill sont trop propres, trop éclairées, comme si le réalisateur avait peur qu’on ne voie pas bien ses effets spéciaux low-cost. Les créatures, ces abominations qui devaient incarner la culpabilité et le désir refoulé, sont réduites à des figurants en latex, aussi menaçants qu’un déguisement d’Halloween acheté en solde chez Action. Même Pyramid Head, ce monstre sacré, ce symbole ultime de la punition et de la souffrance, se traîne comme un vieux pervers fatigué, comme s’il avait passé la nuit à boire des bières tièdes dans un bar de province.
Et le brouillard, bordel, le brouillard ! Ce voile épais qui, dans le jeu, transformait chaque coin de rue en piège mortel, chaque silhouette en menace potentielle ? Ici, il est aussi crédible que la brume d’un épisode de Riverdale. On dirait que Gans a tourné son film avec un filtre "horreur light" activé en permanence.
Le scénario : un résumé de cours pour ados attardés
Le scénario de Silent Hill 2 est une œuvre chirurgicale. C’est une dissection de la psyché humaine, une exploration de la culpabilité, du deuil, et de la folie. Chaque détail a un sens, chaque rencontre est une métaphore, chaque révélation est un coup de poignard dans la carotide.
Le film ? Un clip de 90 minutes qui résume l’histoire en surface, comme si Gans avait peur de perdre son public en osant être subtil. Les scènes cultes du jeu ? Absentes. La solitude étouffante de James ? Remplacée par un groupe de figurants qui traînent dans les parages, parodiant Silent Hill en destination touristique. La fin, ce moment où James doit affronter littéralement ses démons ? Remplacée par un échange mièvre où il "présente ses excuses" à sa femme morte, comme dans un mauvais téléfilm de l’après-midi.
Et parlons des dialogues, nom de Dieu. Jeremy Irvine, qui joue James, a autant de présence à l’écran qu’un meuble IKEA mal monté. On dirait qu’il a appris son texte dans le métro, entre deux stations, sans jamais comprendre ce qu’il disait. Les autres acteurs ? Aussi mémorables qu’un générique de fin de série Z. Même les monstres ont plus de charisme que les humains dans ce film.
La bande-son : le seul point de salut
Si Retour à Silent Hill a une qualité, une seule, c’est sa musique. Akira Yamaoka, le compositeur historique de la saga, est de retour, et ça se sent. Ses morceaux, obsédants, angoissants, hypnotiques, rappellent pourquoi Silent Hill a marqué l’histoire du jeu vidéo. Quand l’image déçoit, quand les acteurs somnolent, quand le scénario s’effondre, la BO porte le film. C’est d’ailleurs le seul moment où on retrouve un peu de l’âme de la saga : quand la musique monte, quand les sons se déforment, on se dit que peut-être, peut-être, Gans a compris quelque chose.
Mais non. Dès que la musique s’arrête, on retombe dans la médiocrité.
Gans, ou l’art de rater une adaptation en ayant tout pour réussir
Le plus rageant, avec Retour à Silent Hill, c’est que Gans sait ce qu’il détruit. Il a déjà adapté Silent Hill en 2006, et même si c’était imparfait, au moins il y avait une ambition. Là ? Rien. Juste un film bâclé et sans âme, qui surfe sur la nostalgie des fans.
Les critiques sont unanimes : c’est mauvais, ennuyeux, et surtout, inutile. Même les plus indulgents reconnaissent que c’est "passable" au mieux — ce qui, pour une adaptation de Silent Hill 2, revient à dire que c’est une catastrophe.
Pourtant, il y a quelques fulgurances. Certains plans, certaines séquences oniriques, montrent que Gans avait des idées. Mais elles sont noyées dans un scénario trop sage, une mise en scène trop propre, un film qui n’ose pas et n'accepte pas sa folie nécessaire.
Verdict : un film pour les fans masochistes (et encore…)
Si tu as joué à Silent Hill 2, ce film va te donner envie de brûler ta place de cinéma (voire le cinéma lui-même). Si tu découvres la saga, tu risques de ne pas comprendre l’engouement.
En résumé : un film trop prudent pour être mémorable, mais trop sincère pour être haï. À voir en DVD, un soir de pluie, avec le son à fond et les attentes au plus bas. Et surtout, relance le jeu ensuite pour te rappeler ce que Silent Hill a vraiment de génial.

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Cependant il est présumable qu’il fournira encore matière à bien des thèses et des commentaires éloquents.
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